Grenoble s'invite dans la course mondiale à l'IA
Pendant que les indices boursiers américains décrochent, une entreprise française cotée sur Euronext Growth Paris vient de sceller un accord qui la place au cœur de l'infrastructure IA mondiale. Le 28 juillet 2026, Bull — la marque calcul avancé du groupe historique français — et Kalray (Euronext Growth Paris : ALKAL) ont annoncé une collaboration sur les technologies réseau destinées aux infrastructures d'intelligence artificielle et de calcul haute performance (HPC), avec une compatibilité visée pour le standard ouvert Ultra Ethernet.1 Pour Éric Baissus, dirigeant de Kalray, l'accord "confirme une nouvelle fois la pertinence de notre vision technologique et la qualité des innovations développées par nos équipes", alors que "l'IA continue de redéfinir les besoins en matière d'infrastructure dans tous les secteurs".1
C'est un signal à ne pas sous-estimer pour les lecteurs francophones : dans un secteur dominé par les géants américains et asiatiques, une PME grenobloise se positionne comme fournisseur de brique réseau pour la prochaine génération de superordinateurs IA — exactement le segment où se joue, à l'échelle mondiale, la bataille pour la bande passante et l'efficacité énergétique des centres de données.
Le supercycle IA continue de s'étendre, sur le papier
L'accord Kalray-Bull s'inscrit dans une dynamique mondiale qui, elle, ne faiblit pas. Deux jours plus tôt, le 24 juillet, un sommet à San Francisco a réuni Jensen Huang (Nvidia), Sam Altman, et les dirigeants de Samsung, SK Group, Hyundai Motor et Naver aux côtés du président sud-coréen Lee Jae Myung ; environ 950 milliards de dollars de nouveaux accords IA y auraient été signés.2 Nvidia y a étendu son partenariat avec SK Hynix : selon Raj Mirpuri, "l'expansion inclura une opportunité de co-développement sur la prochaine génération de mémoire IA de SK Hynix, ce qui nous aidera à sécuriser un approvisionnement stable en mémoire HBM".2
D'autres alliances structurantes se sont nouées le même mois. AMD et Cerebras ont annoncé une collaboration pour une inférence IA à très faible latence et haut débit, combinant les GPU AMD Instinct au Wafer-Scale Engine de Cerebras, disponible d'abord via Cerebras Cloud au second semestre 2026.3 Le 29 juillet, GlobalFoundries a signé une lettre d'intention avec le Département du Commerce américain pour un financement de 300 millions de dollars destiné à la photonique silicium de nouvelle génération. Mark Papermaster (AMD) a salué l'initiative : "À mesure que les systèmes IA montent en puissance, déplacer les données efficacement est aussi critique qu'augmenter la performance de calcul. La photonique silicium et le packaging avancé seront essentiels" pour la prochaine génération de clusters IA.4 Enfin, la fusion Skyworks-Qorvo a franchi une étape le 28 juillet avec l'annonce de l'équipe dirigeante de l'entité combinée ; Bob Bruggeworth a évoqué un "partenariat solide qui a façonné nos efforts d'intégration depuis le début".5
Mais la Bourse vend les puces
Ce mur de partenariats contraste avec le comportement des marchés. Le 28 juillet, le Nasdaq 100 tombait à un plus bas de deux mois et trois quarts, sous la pression d'"une déroute qui s'aggrave dans les valeurs de semi-conducteurs et d'infrastructure IA", alors même que le S&P 500 et le Dow Jones progressaient, portés par des résultats solides de Coca-Cola et Sherwin-Williams.6 Ce même jour, Amkor Technology a prévenu le marché : ses prévisions de chiffre d'affaires pour le troisième trimestre, entre 1,95 et 2,05 milliards de dollars, se situent en dessous du consensus de 2,11 milliards.6
Le fonds ProShares Ultra Semiconductors (USD), un ETF à effet de levier 2x sur les semi-conducteurs, illustre l'amplitude du mouvement. Au 5 juin 2026, il affichait une hausse d'environ 69% depuis le début de l'année — parti de 52,45 dollars au 31 décembre — et de 196% sur un an, depuis 29,94 dollars un an plus tôt.7 Trois jours plus tard à peine, un article titrait sur son effondrement de 17% et avertissait qu'"une nouvelle baisse était possible le 8 juin" — la mécanique même d'un ETF à double effet de levier, qui amplifie les baisses aussi violemment que les hausses.7 Signe que la purge n'est peut-être pas terminée mais commence à trouver un plancher : Micron Technology, qui avait chuté de près de 40% depuis son plus haut historique de juillet 2026, a rebondi de 10% depuis ses points bas au 9 août, tout en restant environ 30% sous son record.8
Ce que valent ces chiffres : la fiabilité des sources compte
Ici, l'honnêteté du dispositif Via News impose une nuance. Les communiqués d'entreprises repris par le fil NewsEOD — dont sont issues plusieurs informations ci-dessus, notamment sur Skyworks-Qorvo et GlobalFoundries — n'ont vu que 48% de leurs affirmations vérifiées se confirmer dans nos contrôles de fiabilité les plus récents.2 Pour d'autres communiqués de la même agence, utilisés plus bas sur Solitron et Allegro, ce taux tombe à 23% des 2573 affirmations contrôlées.11 Cela ne signifie pas que ces annonces sont fausses — un communiqué d'entreprise reste, par nature, une déclaration de l'émetteur — mais que le lecteur doit les traiter comme des affirmations à vérifier, non comme des faits établis. C'est précisément ce que la vérification croisée de Via News rend visible.
Signaux mitigés chez les acteurs de niche
Sous les grandes manœuvres, plusieurs équipementiers plus modestes racontent une histoire à double vitesse. Vicor Corporation, fournisseur de composants de puissance pour l'IA, affichait au 6 juillet 2026 un chiffre d'affaires sur douze mois glissants de 471,7 millions de dollars, un bénéfice net de 136,7 millions de dollars et une capitalisation boursière de 11,3 milliards de dollars.9 Son client principal en calcul doit basculer de la génération 4 vers la génération 5/VPD au second semestre 2026, avec une montée en puissance attendue avant la fin de l'année — une transition technique à surveiller pour la suite de sa croissance.10
Solitron Devices, petit fabricant américain de semi-conducteurs pour l'aérospatial et la défense, a vu ses ventes nettes bondir de 101% au premier trimestre de son exercice 2027, à environ 5,44 millions de dollars, avec un carnet de commandes en hausse de 28% à 23,34 millions de dollars.11 L'entreprise anticipe des ventes trimestrielles "à ce niveau ou supérieures pour le reste de l'exercice 2027", portées par ce carnet de commandes.11 Son bénéfice net a toutefois été affecté par une charge de 0,33 million de dollars liée à l'earn-out MEI, déclenchée par une grosse commande reçue après la clôture du trimestre.11
Chez Allegro MicroSystems, la nomination le 18 juin de Brian White au conseil d'administration illustre la montée en gamme de la gouvernance dans le secteur : selon Joseph Martin, "l'expérience de Brian en matière d'allocation de capital, de croissance à long terme et de gouvernance d'entreprise apportera une perspective précieuse" alors qu'Allegro s'appuie sur "plus de trois décennies d'expertise en détection magnétique et circuits intégrés de puissance" pour se positionner sur l'électrification, l'automatisation, les data centers IA et la robotique.12 Côté matériel grand public, Phison a annoncé le 2 juin une collaboration avec Intel pour étendre la mémoire disponible sur les PC IA via sa technologie aiDAPTIV, KS Pua notant que "les PC IA évoluent vers des plateformes pour des charges de travail IA locales plus sophistiquées, y compris des applications agentiques et des modèles MoE plus grands".13
À surveiller
Pour les lecteurs francophones, trois fils à suivre. D'abord, l'exécution concrète de l'accord Kalray-Bull : la compatibilité Ultra Ethernet annoncée reste à livrer, et c'est elle qui déterminera si la France pèse réellement dans l'infrastructure réseau IA ou reste un partenaire d'appoint.1 Ensuite, la trajectoire de Micron comme baromètre de marché : son rebond de 10% depuis les plus bas, alors qu'elle reste 30% sous son record, dira si la purge des valeurs IA touche à sa fin ou si elle n'est qu'une pause.8 Enfin, la finalisation du financement CHIPS de GlobalFoundries et la clôture de la fusion Skyworks-Qorvo, deux dossiers annoncés fin juillet mais pas encore bouclés, qui testeront si l'appétit industriel pour l'IA résiste à la nervosité boursière ambiante.45


