Ce que ce dossier ne dit pas, et ce qu'il dit
Une précision d'abord, pour le lecteur francophone : aucun des documents que nous avons vérifiés ne porte spécifiquement sur la France, l'Union européenne ou l'Afrique francophone. Les cas cités concernent le Canada (Manulife), le Japon (Nomura Research Institute), les États-Unis et le Royaume-Uni (Covecta). Nous ne fabriquerons donc pas d'angle local. Le sujet reste pertinent pour vous, car les mêmes fournisseurs, notamment Microsoft, Box et Nvidia, vendent aussi sur vos marchés. Ce qui suit est ce que le dossier permet d'affirmer, avec la fiabilité de chaque source.
Le constat central : l'appétit est total, la donnée est le frein
Selon une étude publiée par MIT Technology Review, 100 % des répondants prévoient d'utiliser l'IA agentique d'ici deux ans, et 69 % comptent l'utiliser largement.1 Dans les organisations classées « retardataires de la donnée », l'accès de l'IA aux données de l'entreprise tombe à 30 % ou moins.1 Le résumé de notre dossier avance en outre qu'environ 45 % des données d'entreprise sont accessibles à l'IA en moyenne, et qu'environ la moitié des organisations font confiance aux décisions de leurs agents. Ce résumé n'est pas une affirmation vérifiée au même titre que les autres, et nous le présentons comme tel.
Une réserve importante sur la source. Sur 11 affirmations de ce document que nous avons contrôlées, 0 % ont tenu.1 Cela ne prouve pas que ces chiffres soient faux. Cela signifie que nous ne pouvons pas les présenter comme établis. Lisez-les comme l'ordre de grandeur d'un sondage, pas comme une mesure.
Les grands groupes achètent d'abord du contrôle
Les annonces d'incumbents vont dans le même sens : sécuriser avant de déployer. Manulife et Microsoft ont annoncé le 22 juillet 2026 un accord de cinq ans. Manulife adopte la Frontier Suite de Microsoft et déploie Agent 365.2 Le déploiement de Microsoft 365 Copilot doit être étendu à plus de 30 000 employés.2 Shamus Weiland y voit « a critical enabler » de l'évolution de Manulife vers une organisation pilotée par l'IA.2
Côté Box, le 21 juillet 2026, l'éditeur a présenté de nouveaux contrôles : garde-fous pour agents, supervision de l'activité des agents tiers, détection d'injection de prompt et politiques d'accès fondées sur la classification des agents.3 Tatsutoshi Murata, de Nomura Research Institute, dit attendre de Box les fonctions d'administration nécessaires pour exploiter les agents en sécurité. Il apprécie aussi le support multi-fournisseurs, qui permet de changer de modèle d'IA.3 Le message commun est que la gouvernance des agents devient un produit à part entière.
Là encore, une nuance de fiabilité. Les deux communiqués viennent de NewsEOD, une source dont 57 % de 4 954 affirmations contrôlées ont tenu.2,3 C'est mieux que l'étude précédente, mais ce n'est pas un taux qui dispense de recouper. Ce sont en outre des communiqués d'entreprise, donc des déclarations d'intention, pas des résultats mesurés.
Les start-ups visent le budget du travail, pas celui du logiciel
CB Insights consacre une série d'entretiens à des start-ups d'IA d'entreprise. Un point revient : elles se mesurent à la masse salariale des tâches administratives. Ben Thomas, de Covecta, qui s'adresse aux banques et aux prêteurs, estime son marché à des dizaines de milliers d'institutions financières dans le monde. Il précise que Covecta s'attaque « not just disrupting their software budget but their labor budget as well ».4 Covecta opère aujourd'hui aux États-Unis et au Royaume-Uni, avec l'ambition de s'étendre ensuite.4
Dans la santé, Glenn Herzberg, de Penguin AI, définit son marché comme « administrative labor spend rather than the healthcare IT software budget ». Il avance que l'administration de la santé américaine pèse environ mille milliards de dollars par an, soit environ un quart des dépenses de santé, dont environ 570 milliards de dollars de travail sans effet sur les résultats de santé.5 C'est une estimation citée par un dirigeant qui vend la solution, pas une mesure indépendante. David Villalon, de Maisa AI, décrit lui aussi son marché comme l'automatisation de tâches de cœur de métier dans des secteurs régulés, où tout doit être auditable, reproductible et résistant aux hallucinations.6
Notre lecture : ces trois discours convergent vers l'automatisation du travail administratif. C'est une lecture de Via News, pas un fait rapporté par ces sources. Elle rejoint le goulot décrit plus haut, car un agent qui traite des dossiers doit accéder à des données propres et traçables.
Le financement et l'infrastructure suivent
Le 10 septembre 2026, Latitude, plateforme de paiement fondée par Cyril Mathew, ancien de l'équipe crypto de Stripe, a levé 35 millions de dollars en Série A pour des paiements de stablecoins vers des monnaies locales.7 Ce cas ne relève pas directement des agents d'entreprise : il illustre l'activité de financement autour de l'écosystème. Côté puces, Alibaba T-Head prévoit la sortie commerciale de Zhenwu V900 au troisième trimestre 2027 et de Zhenwu J900 au troisième trimestre 2028.8,9 Ce sont des calendriers annoncés, pas des livraisons.
Nvidia, le chiffre vérifié : une dépense qui double chaque année
Le seul jeu de chiffres vérifié sur pièces de notre dossier concerne Nvidia, que notre graphe relie à des outils d'agents (NeMo Agent Toolkit, NeMo Guardrails) et à des clients comme Mount Sinai et Yum! Brands. Son coût des revenus, c'est-à-dire ce que coûte la fabrication de ce qu'elle vend, est passé de 16,621 milliards de dollars à l'exercice 2024 à 32,639 milliards à l'exercice 2025, puis à 62,475 milliards à l'exercice 2026, selon ses dépôts auprès de la SEC.10 Cela représente à peu près un doublement chaque année. Le dossier ne contient pas de point de comparaison extérieur pour donner l'échelle de ces sommes, et nous préférons ne pas en inventer un.
La trésorerie de Nvidia est restée bien plus modeste : 7,28 milliards de dollars à l'exercice 2024, 8,589 milliards à l'exercice 2025, 10,605 milliards à l'exercice 2026.11 Au premier trimestre de l'exercice 2027, elle atteignait 13,237 milliards.11 Le bénéfice par action indiqué est de 11,93 dollars (exercice 2024), 2,94 (2025) et 4,90 (2026).12 Cette série n'est pas continue et nous ne tirons aucune conclusion du recul apparent, que le dossier n'explique pas. Une règle de prudence : ne comparez pas ces trois valeurs sans vérifier d'abord leur base de calcul.
Détenez-vous déjà Nvidia ? Le dossier ne donne aucune pondération dans un indice. Nous ne pouvons donc pas vous dire quelle part de votre fonds indiciel y est exposée. Vérifiez la liste des principales positions de votre fonds.
À surveiller
- Les résultats trimestriels de Nvidia : le coût des revenus continue-t-il de doubler, ou le rythme ralentit-il ?
- Le premier déploiement mesuré chez Manulife, avec des chiffres d'usage et non plus des annonces.
- Une version vérifiable de l'étude sur l'accessibilité des données, puisque la version actuelle n'a pas passé nos contrôles.
- L'arrivée de Covecta, Penguin AI ou Maisa AI sur des marchés francophones : le dossier n'en mentionne aucune à ce jour.
- Le respect du calendrier Zhenwu : troisième trimestre 2027, puis troisième trimestre 2028.


